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  • : De Québec à Mexico à pied...
  • : "American way for live" de Québec à Mexico est une marche pour la vie et une route d'évangélisation, une réponse à l'appel de Jean-Paul II aux jeunes. J'ai pèleriné vers la Vierge de Guadalupe qui est l'étoile de l'évangélisation et la patronne des enfants à naître. Je suis partie dans l'octave de la Pentecôte, le 27 mai 2010 et arrivée le 14 janvier 2011.
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Une personne, en désaccord avec mon idée de voyage, m'a posé des questions...


 

      Je ne partage pas du tout ta démarche, ni sur la forme ni sur le fond. Mais je me serais gardée d'intervenir dans tes choix car tu es totalement libre. Je voudrais seulement te poser une question : pourquoi te sens-tu concernée par ce combat anti-avortement ? Pourquoi projettes-tu d'investir du temps de l'énergie pour cette cause ?

 


      Je n'ai jamais avorté, je n'ai jamais subi de pression pour le faire, je n'ai donc jamais vécu dans ma chair ni cet acte, ni ses conséquences pour une raison très simple: la chasteté avant le mariage a un sens pour moi et je ne suis pas mariée...

     
      Ceci étant précisé, je me sens quand-même concernée par l'avortement. D'abord, parce que le chrétien est appelé à servir la vie, chacun selon son charisme. Ensuite en tant qu'être humain, je ne peux rester insensible ni à la souffrance que ces femmes (et parfois ces hommes) portent dans un silence très lourd, ni au sort de ceux qui sont éliminés. J'ai un coeur et je souffre avec ces femmes. Enfin, l'avortement n'est pas uniquement un problème individuel, mais un drame collectif, sociétal et politique, avec des enjeux juridiques et même économiques et à ce titre-là aussi je me sens concernée, en tant que citoyenne...

 

 

      Pourquoi choisir la maternité échouée, l'intimité féminine, la profondeur de la chair d'une femme reliée à sa sexualité ?

 


      Dans cette question, comme dans la précédente, tu emploies des termes négatifs : « combat anti-avortement » et « maternité échouée ». Mais avant cela, ma démarche est d'abord positive, elle est « pour » la vie. C'est très important. Témoigner de l'amour du Christ et de la Vierge Marie est une action positive et joyeuse, un don. La vie est un don, et ce don est une personne, puisque la vie est une personne. « Je suis le chemin, la vérité et la vie » a dit Notre-Seigneur. C'est fabuleux de méditer sur ce sujet : la vie n'est pas un concept, elle ne semble pas être uniquement la résultante de processus biologiques ou hormonaux... Si la vie est une personne, qui plus est une personne divine, qu'est-ce que cela implique dans nos comportements ? Voilà la question que je me pose dans mon pèlerinage.

Les aspects négatifs de l'avortement, de la maternité échouée, de l'amour trahi, n'apparaissent que par l'absence de vie, l'absence de maternité soutenue, d'amour fidèle... de maturité responsable. Avant de dénoncer le mal, soutenons le bien ! Si le bateau coule, colmatons la brèche avant d'engueuler le capitaine !!


      Alors pourquoi choisir ce thème de la vie ? Car en effet, j'aurais pu partir au Darfour m'occuper des réfugiés, au Brésil demeurer au service des enfants des rues, en Inde enseigner dans quelque école ou en bas de chez moi à Saint Etienne distribuer des repas aux pauvres du Centre Clément Myonnet... ou tout simplement rester dans la mission que j'ai déjà à Radio Espérance. Il est difficile de dire avec précision pourquoi on se sent appelé plus à cela qu'à autre chose, pourquoi on se sent plus dominicain que jésuite ou pourquoi on aime plus Paul que Pierre ou Jacques...

     
      Cependant à travers les événements de ma vie, les rencontres, les avis de mes accompagnateurs, des exercices ignaciens, la prière et puis surtout la petite voie profonde de la conscience, je crois discerner un écho profond et persistant aux questions de la vie, sans doute parque que je suis une femme moi aussi. Je suis très sensible aux blessures faites à la vie comme à celles faites à l'amour. Les miennes comme celles des autres. Cela fait si mal justement quand l'intimité et plus encore l'intégrité d'une femme est atteinte. N'oublions d'ailleurs pas que l'intégrité masculine est elle aussi blessée et l'homme est meurtri lui aussi dans sa sexualité, dans sa capacité d'aimer, dans son rôle de père.

     
      « La profondeur de la chair d'une femme reliée à sa sexualité »... belle expression ! Ne serait-ce pas le lieu où naît la profondeur de la chair d'un nouvel être encore relié à sa mère ? Le lien entre l'amour et la vie. S'il est fondamental de se pencher sur la souffrance d'une maternité en difficulté sans jamais juger ni la mère, ni le père, ni personne d'autre, n'est-t-il pas tout aussi fondamental de se pencher sur une vie en danger de mort sans juger de l'intérêt qu'aura sa vie future, sans jauger le poids estimé d'une hypothétique souffrance future ? Si l'on accepte de ne pas juger les géniteurs dans leurs actes passés, réels, comment peut-on juger une nouvelle vie déjà « inutile d'être vécue » ? N'y a-t-il pas possibilité de soulager la souffrance d'une mère en détresse sans lui infliger la violence d'une mort, d'une maternité échouée, comme tu dis ? Voilà, je m'intéresse à ces questions, à la mère, au père autant qu'à l'enfant, à la place de Dieu dans la conception, à la beauté inouïe de notre vocation humaine et aux blessures qui la dénaturent.

 

 

      J'espère que tu es allée écouter ces femmes en vrai dans leur détresse, avant d'aller parler pour ou contre elles.

 


      A partir de cette phrase, je sens dans ton propos une once d'animosité, et hélas ça dérape : qui sommes-nous, qui es-tu pour oser "parler pour ou contre ces femmes", qui es-tu pour me soupçonner d'aller le faire ? Qui sommes-nous pour juger un être humain ? Le faire, c'est se prendre pour Dieu. Soupçonner quelqu'un de le faire, c'est imaginer qu'il se prend pour Dieu. Nous n'avons jamais le droit de juger qui que ce soit, non pas parce que c'est interdit, mais parce que c'est impossible. Nous avons le droit et même le devoir de juger des actes, jamais des personnes. Le B-A-BA de l'intelligence est de savoir distinguer les deux. Ecouter ne serait-ce qu'une seule de ces femmes suffit à nous dissuader de "parler pour ou contre elle". J'espère que tu en as fait l'expérience. Trop de gens, des pro-vie, comme des pro-choix, font bien vite le raccourci entre le débat d'idée et le jugement d'autrui. C'est grave. J'espère donc ne jamais tomber dans ce piège. Bref, comprends que je n'ai nullement l'intention d'aller parler pour ou contre elles. Et prie pour que je ne défaille pas. D'accord ?

     
      Par ailleurs, si j'ai écouté certaines femmes qui ont avorté, j'ai aussi lu des récits (courrier, livre), j'ai rencontré et écouté des écoutants dans des associations, j'ai rencontré soit de manière privée, soit dans le cadre professionnel de l'interview des personnels de santé (gynéco, sage-femme), des acteurs dans le domaine de la bioéthique et même un juriste... Je cherche (et je n' en suis qu' au début) à me former et le cerveau et le coeur ! L'éternel équilibre entre la charité et la vérité... Enfin, le Christ, avant de prêcher, s'est d'abord tu pendant 30 ans et a écouté. Et le disciple n'est pas au-dessus du maître. Il est donc probable que je ne dise pas grand'chose pendant mon périple, surtout pas en anglais, en revanche, j'écouterai sans doute beaucoup.

 

 

      De plus je trouve inutile d'aller marcher dans un pays étranger en dehors de la satisfaction de la performance et alors c'est du sport, pourquoi pas ?

 


      Mais, je ne vais pas à l'étranger pour le fun, je vais au Sanctuaire Notre Dame de Guadalupe qui se trouve à Mexico, c'est comme ça. Ce n'est pas moi qui ai décidé que ND de Guadalupe (patronne des enfants à naître) soit apparue en 1531 sur la colline de Tepeyac dans l'actuelle banlieue nord de Mexico. J'ai fait l'autre jour une petite conférence devant un public de jeunes sur les apparitions de Guadalupe. Je ne vais pas te la refaire dans ce mail, mais les deux thèmes de mon voyage (évangélisation et marche pour la vie) sont intimement liés à l'histoire des apparitions et aux recherches scientifiques réalisées sur l'image. Si ça t'intéresse : "La Vierge du Mexique" de François Brune Ed Le jardin des livres et "L'indien Juan Diego et ND de Guadalupe" de Jean Mathiot Ed Téqui.

     Enfin, permets-moi de te poser à mon tour une question. Tu me dis que tu ne partages mon projet ni sur le fond, ni sur la forme. Sur la forme, je comprends : on n'est pas obligé de marcher sur 5000 km pour cette cause, on peut faire bien d'autres choses, c'est évident. Mais que signifie "ne pas être d'accord sur le fond" ?

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Anne-Marie MICHEL