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  • : De Québec à Mexico à pied...
  • : "American way for live" de Québec à Mexico est une marche pour la vie et une route d'évangélisation, une réponse à l'appel de Jean-Paul II aux jeunes. J'ai pèleriné vers la Vierge de Guadalupe qui est l'étoile de l'évangélisation et la patronne des enfants à naître. Je suis partie dans l'octave de la Pentecôte, le 27 mai 2010 et arrivée le 14 janvier 2011.
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Origines

Le continent américain a été peuplé lors de la dernière glaciation (40000 ans avant notre ère) par des nomades venant d'Asie, ayant passé le Détroit de Bering à une époque froide où le niveau des eaux était plus bas. Peu à peu ils auraient migré vers le sud. Vers 3000 av. J.-C., la domestication du maïs, de l'amarante, de la courge, de l'avocat, du piment permet l'abandon du nomadisme et la sédentarisation.

La première civilisation dont nous avons trace est celle des Olmèques à partir de 1500 av. J.-C. dans les régions côtières du Golfe du Mexique (Etats actuels de Veracruz et Tabasco). Emergent alors les cités de San Lorenzo (apogée vers 1200 av. J.-C.) et La Venta jusque vers 500 av. J.-C. Les Olmèques sont dits "civilisation mère" des peuples de la Méso-Amérique (région couvrant l'actuel Mexique et le Nord de l'Amérique centrale), c'est-à-dire les régions des civilisations Aztèque, Maya et Tarasque.
Les Mayas se développent dans le Yucatan, le Chiapas, le Guatémala et l'Amérique Centrale.
Au Vème s. av. J.-C. fut construite la pyramide de structure circulaire à Cuicuilco ("lieu des chants et de la danse ou lieu des chants et des couleurs" en nahuatl) au sud de Mexico. Il est possible que Cuicuilco ait été en relation avec les cités olmèques alors déjà en déclin. Cuicuilco est cependant une des premières civilisations des hauts plateaux mexicains. Le volcan Xitle l'a détruite au tout début de notre ère (vers 50 ap. J.-C.).

A partir de notre ère

A partir de notre ère, deux principales civilisations vont apparaître et considérablement marquer l'histoire culturelle du haut plateau de Mexico qui nous intéresse.

- Ier s. av. J.-C. - VIème s. ap. J.-C., Teotihuacan, la "cité des dieux" dont nous connaissons les fameuses pyramides  situées juste au nord de l'actuelle Mexico. Il n'y avait pas (ou très peu) de sacrifices humains à Teotihuacan, selon la plupart des sources. Ils avaient des échanges avec les Mayas. Les Aztèques considèrent que c'est là que les dieux se sacrifièrent pour donner naissance au "cinquième soleil" (5ème période de la vie du monde, ou plutôt 5ème monde puisque les 4 premiers se sont effondrés). Teotihuacan fut détruite en 650 ap. J.-C. pour des raisons inconnues.

- quelques siècles plus tard, Tula (apogée Xème et XIème s. selon J. Soustelle), capitale du peuple Toltèque. L'origine des Toltèques serait Chichimèque (peuples venus du Nord). Ses ruines s'élèvent encore à 90km au NW de Mexico. Vers l'an mil, Tula reprend à son compte l'héritage de Teotihuacan, dont les prêtres enseignaient plutôt les vertus. La civilisation Toltèque est perçue aussi comme la civilisation mère des peuples de l'altiplano. Les Toltèques ont un art raffiné, sont maîtres de l'écriture pictographique, leurs savoirs techniques et intellectuels sont étendus. Ils vénéraient de nombreux dieux dont le plus connu est Quetzalcoatl, un dieu-roi-homme. Quetzalcoatl signifie serpent (coatl) à plume (quetzal). (Certaines sources précisent que le dieu Quetzalcoatl était tout de même représenté sur les temples de la cité de Teotihuacan, il serait donc un dieu vénéré dès avant l'empire Toltèque, d'autres sources disent qu'il n'y a pas de lien entre les deux Quetzalcoatl...) Abandance, raffinement et luxe semble caractériser la cité de Tula. Quetzalcoatl, leur roi, du temps de sa vie sur terre, ne pratiquait pas de sacrifice humain car il aimait son peuple, les Toltèques.

XIIème s. chute de Tula.

Les peuples des hauts plateaux croient en un couple unique fondateur de tous les êtres et même des dieux. C'est le "Seigneur de la Dualité". Ils ont été repoussés à l'arrière-plan par une foule de dieux jeunes et dynamiques, qui descendant de la Dualité suprême et qui ont créé le monde. "De cette création, l'acte le plus important a été, évidemment, la naissance du soleil : et ce soleil est né du sacrifice et du sang. Les dieux, disait-on, se réunirent dans les ténèbres de Teotihuacan, et l'un d'eux, petite divinité lépreuse, couverte d'ulcères, se dévoua pour se jeter dans un immense brasier, d'où elle surgit transformée en astre. Mais ce nouveau soleil demeurait immobile : il lui fallait du sang pour qu'il se mît en mouvement. Alors les dieux se sacrifièrent, et le soleil, tirant sa vie de leur mort, commença sa course dans le ciel. [...] Pour que le soleil poursuive sa marche, pour que les ténèbres ne s'appesantissent pas définitivement sur le monde, il lui faut donner chaque jour sa nourriture, "l'eau précieuse" (chachiuatl) c'est-à-dire le sang humain." (J. Soustelle, les Aztèques à la veille de la conquête espagnole. Ed. Hachette littérature)

Le grand homme-roi des Toltèques, Quetzalcoatl, aimait son peuple et refusait les sacrifices humains. Il ne sacrifiait que les couleuvres, les oiseaux et les papillons. Ce qui provoqua la colères des démons qui décidèrent de le chasser de Tula. Mais Quetzalcoatl était aussi un dieu qui serait bien antérieur à Tula. Son père serait Mixcoatl ("serpent de nuages"), sa mère serait Coatlicue "celle qui porte une jupe de serpents". Elle aurait donc enfanté Quetzalcoatl, mais aussi Huitzilopochtli (dieu de la guerre et de la chasse des Mexicas au nom duquel seront pratiqués les sacrifices humains, le fameux dieu soleil qui se nourrit de sang et de coeurs humains). Ces deux dieux étaient antinomiques. Ce qui peut impliquer un conflit culturel entre les hommes. Bref, le roi Quetzalcoatl reçut un jour la visite du magicien Tezcatlipoca ("miroir-fumant") et lui fait boire une boisson fermentée. Il s'enivre et au réveil, il est couvert de honte. Il comprend que son règne est fini et part vers l'Orient et devient Vénus. Ixtlilxochitl (historien métisse du XVIème s.) précise au sujet de Quetzalcoatl : "Il enseigna aux hommes, par sa conduite et ses paroles, à suivre le chemin de la vertu et à éviter les vices et le péché, en leur donnant des lois et une bonne doctrine, ... il fut le premier qui adora et dressa la Croix appelée "Tonacaquahuitl", "l'arbre de vie"... et, voyant que sa doctrine n'était pas respectée, il repartir du côté d'où il était venu, c'est-à-dire l'Orient, et disparut à Coatzacoalos. En prenant congé de ses gens, il leur dit qu'il reviendrait, en une année qui s'appellerait Ce-Acatl, qu'alors sa doctrine serait acceptée, et que ses fils seraient seigneurs et propriétaires du pays... et beaucoup d'autres prophéties qui se sont vérifiées clairement par la suite."
Le Père Brune ajoute que dans certaines versions de ce mythe, Quetzalcoatl serait blanc et barbu et qu'il reviendrait avec des "compagnons [...] eux aussi blancs et barbus. Quelques textes ajoutent qu'ils seraient moitié hommes, moitié cerfs, cerfs faisant en fait allusion aux chevaux qui étaient alors inconnus des Indiens du Mexique." Le Père Brune évoque l'hypothèse de premiers passages d'Européens aux IX et Xème s., donc de Chrétiens, pour expliquer une certaine similitude de Foi et de morale entre les enseignements du roi Quetzalcoatl et le Christianisme.

Mythe plus ou moins en lien avec l'histoire ancienne, toujours est-il que l'on apprend que le départ du roi Quetzalcoatl provoque la chute de la grande cité de Tula.

1325, arrivée sur les îlots du Lac Texcoco, 1370, fondation de Tenochtitlan

Aux XIIème-XIIIème s., les peuples Chichimèques (peuplades du Nord) envahissent par vagues successives les hauts plateaux et se mèlent aux descendants des Toltèques. Ils en adoptent la vie sédentaire et leur mode de vie. Les différents peuples fondent leurs cités et s'affrontent entre eux. Nous sommes sur les bords du lac Texcoco, sur le plateau d'Anahuac. Les Mexicas - ou Aztèques - arrivent en dernier dans cette région après un siècle et demi d'errance. Ils venaient de l'île d'Aztlan ("lieu de la blancheur"). Ils parlent déjà le nahuatl, langue qui s'imposera plus tard. Pendant leur errance, ils vécurent scissions et dissensions qui se soldèrent par des exécutions massives. Certains auteurs y voient la préfiguration des futurs sacrifices humains. Arrivés sur le haut plateau central, les Mexicas seront relégués par les peuples déjà présents dans les endroits les plus difficiles : marais sans terre arable, pas de bois, ni de pierre pour leurs édifices. Ils décident cependant de s'y installer quand ils découvrent un aigle juché sur un cactus de barbarie (cactus nopale) dévorant un serpent. Leur dieu Huitzilopochtli leur avait en effet annoncé qu'ils pourraient s'implanter là où ils verraient cet aigle. Ainsi naît le grand symbole du Mexique représenté aujourd'hui sur la partie centrale du drapeau mexicain et que l'on retrouve un peu partout dans l'art :

R0017566
aigle dévorant un serpent sur un cactus
ambre
musée de l'ambre - San Christobal de las Casas, Chiapas, Mexique
photo, Anne-Marie MICHEL
drapeau-du-mexique.jpg
drapeau mexicain

Nous sommes en 1325(1). Les Mexicas fondent Technotitlan, misérable hameau de huttes en roseaux, puis Tlatelolco, toujours sur un îlot du lac Texcoco. Ils développent les jardins flottants, sorte d'îlots artificiels qui demandent beaucoup de soins mais dont le rendement est important. Ce sont les chinampas.
(1) Jean Mathiot, quant à lui, avance la date de 1369 pour la fondation de Tenochtitlan, Serge Gruzinzki la place en 1370. On peut considérer que leur seule arrivée marque la fondation (1325) ou alors attendre 45 ans pour que leur société se soit un peu organiser (1370).

Le manque de matières premières poussent néanmoins les Mexicas à sortir de leur isolement et à nouer des liens avec les peuples alentours. A la fin du XIVème s. les Mexicas placent à leur tête un seigneur de la région : Acamapichtli qui passe pour être un descendant du Dieu-prêtre Quetzalcoatl. Acamapichtli règne de 1372 à 1391, soit 19 ans. Cependant, pour survivre il accepte la suzeraineté de Tezozomoc, le roi tépanèque d'Azcapotzalco, cité fort prospère voisine. Or, Tlatelolco (l'autre cité mexica) s'est donné pour chef un prince tépanèque. Ainsi, les Mexicas s'insèrent-ils dans le réseau d'alliances de la Vallée. De plus, à Tenochtitlan, les fils d'Acamapichtli forment peu à peu une classe dirigeante.

1428, la Triple Alliance

Ainsi Tenochtitlan et Tlatelolco, ensemble, sont deux cités Mexicas, encore jeunes mais qui se développent, étant en quelque sorte déjà alliées à Azcapotzalco, cité tépanèque.
Azcapotzalco est la cité forte du moment (fin XIVème). Les Tépanèques règnent. Seule Texcoco, nommée "l'Athènes de l'Amérique" résiste à  Tézozomoc. Sa civilisation déjà ancienne est devenue raffinée, ses connaissances et son artisanat particulièrement valorisés. Tézozomoc veut assoir son pouvoir définitivement et, en 1418, déclare la guerre à Texcoco dont le chef abandonne la cité. Texcoco tombe sous la domination tépanèque et les Mexicas se voient attribués un droit de regard sur Texcoco.

En 1426, Maxtla, tlatoani (chef, roi) d'Azcapotzalco et héritier de Tezozomoc, capture le tlatoani mexica Chimalpopoca, qui meurt peu après (assassiné ou suicidé). Les Aztèques considérant Maxtla responsable de la mort de leur souverain, le successeur de celui-ci, Itzcoatl, s’allie avec le chef exilé de Texcoco, Nezahualcoyotl afin de vaincre Maxtla. Tlacopan (aujourd'hui Tlacuba) rejoint alors la coalition, qui s'empare vers 1428 ou 1430 de la capitale tépanèque, met fin aux jours de Maxtla et remplace la domination d'Azcapotzalco sur le bassin de Mexico par celle de leur Triple alliance.
source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Azt%C3%A8ques

Gruzinski ajoute : "Les éléments essentiels de la scène politique que découvriront les Espagnols, en 1519, sont en place. La Triple Alliance [Tenochtitlan-Tlatelolco / Texcoco / Tlacopan] deviendra l' "Empire Aztèque"".


449px-Basin of Mexico 1519 map-fr.svg

Aztec Empire 1519 map-fr.svg

Voici les empereurs Aztèques :

1372-1391 Acamapichtli
1391- ?       ?
 ?     - 1426 Chimalpopoca
Jusque là Tenochtitlan était encore sous la coupe d'Azcapotzalco
1426-1440 Ixcoatl
1440-1469 Moctezuma Ier (neveu d'Ixcoatl)
1469-1481 Axayacatl
1481-1486 Tizoc
1486-1502 Ahuitzotl

1502-1520 Moctezuma II, puis pendant la conquête Cuitlahuac et Cuauhtemoc (mort en 1525).

 source : Gruzinski et http://fr.wikipedia.org/wiki/Azt%C3%A8ques

Nous développerons certains aspects de la culture aztèque qui dominera sur le bassin de Mexico durant deux siècles dans la page consacrée à Juan Diego. Avant de nous attarder sur ce sujet, il nous reste à saisir la notion de "guerre fleurie" pour comprendre les sacrifices humains et les croyances cycliques pour comprendre la chute fulgurante que connaîtra un tel empire qui  paraît inébranlable.

Nous avons compris qu'il s'est dessiné une antinomie certaine entre la "philosophie" du dieu Quetzalcoatl, plutôt bienveillant (des civilisations Teotihuacan et Tula), et celle d'Huitzilopochtli, dieu sanguinaire de la guerre et de la chasse, des Mexicas qui ont assis leur pouvoir en fondant l'Empire aztèque. Il n'empèche que ces deux héritages permettent de saisir la complexité de la société aztèque que vont trouver les Espagnols.

Guerre fleurie

Les Indiens vivent dans une perpétuelle angoisse de l'avenir puisque leur monde (le 5ème soleil) est voué à la destruction s'ils ne fournissent pas au dieu soleil (Huitzilopochtli) son breuvage de sang humain. Les hommes doivent participer à la course du soleil.  Ainsi les Aztèques par leurs guerres incessantes pour dominer les pleuples environnants, se fournissent en prisonniers qui sont les futures victimes sacrifiées. Mais l'Empire devenant tellement étendu, et les pleuples devenant soumis, il est plus difficiles de faire des prisonniers de guerre "classiques". Ainsi une autre forme de guerre va émerger, une sorte de guerre gratuite, une guerre non plus pour étendre l'Empire, mais une guerre dite "fleurie" organisée uniquement (ou presque) pour "faire des prisonniers" qui nourrissent le contigent de sacrifiés... Les chiffres des victimes offertes est contesté, il oscille entre 20000 et 80000 rien que pour l'année 1487, grande fête religieuse ! La population de Mexico était alors de 700 000 âmes.

Pourquoi l'Empire Aztèque a-t-il capitulé si facilement ?

Les Espagnols étaient assez peu nombreux à accoster à Véracruz en 1519. Il semble que deux aspects aient contribué à la chute de l'Empire :

- les sacrifices humains dont les victimes étaient prélevées dans les rangs des peuples soumis par les Aztèques. Or ces peuples ont vite fait de s'allier aux Espagnols contre les Aztèques.

- les prophéties dans la religion des Mexicas qui prédisent la fin de l'Empire. Moctezuma II vivra une fin de règne dans la panique totale et l'angoisse et donc dans l'incapacité à prendre une réelle décision et une ligne de conduite claire et constante face à Cortès qu'il prendra pour Quetzalcoatl. Cortès sera accueilli en grande pompe par un Moctezuma somme toute instable.


---> prophéties de la fin de l'Empire et songe de Papantzin

Papantzin est la soeur de Moctezuma II. En 1509, elle tomba malade et dans le coma. Elle fît le récit d'un rêve profond. Nous citons Francis Johnston dans "The Wonder of Guadalupe, Tan Books ad Publishers, 1981, p.14 cité dans "la Vierge du Mexique" du Père François Brune.

"Il lui semblait qu'un être lumineux l'avait conduite sur le rivage de l'océan sans limites et qu'elle avait vu sur la mer de nombreux et grands navires avec, sur leurs voiles,  des croix noires semblables à celles que portait sur le front son guide. La princesse fut informée que ces vaisseaux apportaient d'un pays lointain des hommes qui conquerraient le pays et annonceraient aux Aztèques le vrai Dieu. Moctezuma, tout pensif,  vit dans ce rêve la ruine de son empire et le sort du Mexique fut peut-être ainsi scellé des années avant que le premier soldat espagnol brillamment armé n'eût débarqué des galions qui venaient de jeter l'ancre."

Brune ajoute que d'autres récits précisent que les hommes en question seraient "barbus et armés, prédicateurs d'une nouvelle religion" ou que la princesse aurait précisé à son frère : "Je suis revenue à la vie pour t'annoncer la fin. Avec toi finira le règne de Mexico."

Sur l'interprétation de ces récits aussi les historiens débatent. Nous nous contenterons de souligner le lien étonnant entre ce songe et leur mythe du retour du fameux roi Quetzalcoatl qui fut jadis un roi bon rejetant les sacrifices humains parce qu'il aimait son peuple.

 ---> le retour de Quetzalcoatl

Nous avons déjà évoquer ce mythe. Voici pour le compléter ce que Moctezuma II aurait dit à Cortès lors de leur rencontre.

"Il y a bien longtemps que, par tradition, nous avons appris de nos ancêtres, que ni moi ni aucun de ceux qui habitent cette contrée n'en sont les naturels ; nous sommes étrangers et nous sommes venus de pays lointains. Nous savons aussi que ce fut un grand chef qui nous amena dans ce pays, où nous étions tous ses vassaux ; il retourna dans sa patrie d'où il ne revint que longtemps après,  et si longtemps après qu'il retrouva ceux qu'il avait laissés derrière lui mariés avec les femmes de la contrée et vivant en famille dans les nombreux villages qu'il avait fondés. Il voulut les emmener avec lui, mais ils s'y refusèrent et ne voulurent même pas le reconnaître pour leur Seigneur. Alors il repartit. Nous avons toujours cru depuis, que ses descendants reviendraient un jour pour conquérir notre pays et faire de nous ses sujets ; et d'après la partie du monde d'où vous me dites venir, qui est celle d'où le soleil se lève, et les choses que vous me contez du grand roi qui vous a envoyé, nous sommes persuadés que c'est lui notre véritable seigneur ; d'autant plus que, depuis longtemps, il est, nous dit-on, au courant de nos affaires. Soyez donc certains que nous vous obéirons et que nous vous reconnaîtrons pour maître au lieu et place du grand roi dont vous parlez, et qu'il ne doit pas y avoir le moindre doute à cet égard. Vous pouvez commander à toute cette contrée, au moins dans les parties qui dépendent de mon royaume, vous serez obéi et vous pourrez disposer de mes biens comme des vôtres. Vous êtes ici chez vous, dans votre palais ; reposez-vous des fatigues du chemin et des combats que vous avez livrés... Je m'en retourne dans d'autres palais où je demeure. Ici, vous serez pourvu de toutes les choses nécessaires à vous et à vos hommes. N'ayez aucune inquiétude ; ce pays est le vôtre comme ce palais est à vous."

(Seconde lettre de Hernan Cortès à Charles Quint, traduction de Désiré Charnay (1896 reroduite dans Hernan Cortès : La conquête du Mexique, La découverte/Poche, 1996, p.108-110) cité dans La Vierge du Mexique du Père François Brune Ed. Le Jardin des Livres)

Etonnant discours d'un empereur qui semble plus se soumettre aux prophéties de son destin qu'à un conquérant. En effet, les Mexicas vivaient perpétuellement dans une certaine terreur, celle de la fin du monde ; ils ne pouvaient avoir confiance en l'avenir. Et comme pour apuyer leur effroi, il connurent au tout début du 16ème s. des signes qui les épouvantaient : passage d'une comète (les devins incapabables d'interprêter ce signe sont condamnés à mourir de faim par Moctezuma), apparitions suspectes, incendie du temple de la déesse Toci, vagues inexpliquées sur le lac Texcoco, songes de femmes annonçant la mort et la destruction..

L'Empire Aztèque en 1519-1520 est réduit au chaos, il n'est pourtant pas sans avenir. Cuauhtlatoatzin (qui n'est pas encore Juan Diego) est le témoin sans doute effaré de l'effondrement de son pays. On le comprend. A notre époque de grands bouleversements dans presque toutes les cultures du monde, il peut être intéressant de nous pencher sur cette figure qui nous a précédés de 500 ans pour traverser les grandes mutations sociétales.

Qui est-il ?

 

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Anne-Marie MICHEL