Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Présentation Du Blog

  • : De Québec à Mexico à pied...
  • : "American way for live" de Québec à Mexico est une marche pour la vie et une route d'évangélisation, une réponse à l'appel de Jean-Paul II aux jeunes. J'ai pèleriné vers la Vierge de Guadalupe qui est l'étoile de l'évangélisation et la patronne des enfants à naître. Je suis partie dans l'octave de la Pentecôte, le 27 mai 2010 et arrivée le 14 janvier 2011.
  • Contact

Catégories D'articles

/ / /

L'Empire Aztèque en 1519-1520 est réduit au chaos, il n'est pourtant pas sans avenir.

Pour lire la page consacrée à l'histoire de l'Anahuac (vallée de Mexico).

Cuauhtlatoatzin (qui n'est pas encore Juan Diego) est le témoin sans doute effaré de l'effondrement de son pays. On le comprend. Tout s'écroule, les coutumes, les dieux, les classes sociales, les trésors, les magnifiques monuments et splendides jardins. Il ne reste pas pierre sur pierre. Il est né en 1474 à Cuauhtitlan, au nord de Mexico. Il a 8 ans lorsque sa soeur Tlalquetzal est sacrifiée sur l'autel de la déesse Tonantzin. Il a 13 ans en 1487 quand le sanguinaire Ahuitzotl, empereur Aztèque, consacre le temple de Tenochtitlan dont la construction vient de s'achever. On avance le chiffre de 80 000 sacrifiés pour l'occasion en 4 jours. (Les estimations basses avancent le chiffre de 20 000 "seulement".) Par ailleurs, comme nous l'avons déjà dit, la "guerre fleurie" alimentait annuellement les dieux, notamment Huitzilopochtli, en coeurs humains arrachés de quelques 20 000 victimes prisonniers de guerre... Peu d'auteurs évoquent l'odeur qui devait règner aux alentours des temples sacrificiels. Notre Aztèque évolue donc dans cette ambiance de putréfaction. Pourtant sa société ne peut se réduire à ce qu'elle a de plus nauséabonde.

Cuauhtlatoatzin fréquentera les écoles de roturiers où l'on apprend le savoir-vivre. "Accueille avec respect les aînés ; au pauvre et à l'affligé dispense la consolation de tes bonnes oeuvres et de tes bonnes paroles. N'imite pas ces fous qui n'honorent père ni mère ; ils sont pareils à des animaux car ils ne demandent ni n'écoutent les conseils. Ne te moque pas du vieillard, du malade, de l'estropié ni de celui qui a péché. Abstiens-toi de donner le mauvais exemple, de parler imprudemment et de couper la parole à autrui. Si l'on te pose une question, réponds-y posément et sans affectation, sans flatter ni blesser autrui. Garde un visage placide et évite de faire des grimaces ou des gestes déplacés." ("L'indien Juan Diego et Notre Dame de Guadalupe" Jean Mathiot Ed. Tequi)

Toujours selon Jean Mathiot, il y a aussi les écoles de chants que toutes les catégories sociales peuvent fréquenter. L'on y apprend "les chants et les danses liés aux cérémonies, les croyances religieuses et l'histoire du pays". Les écoles "tenues par les prêtres et prêtresses sont pour les enfants des nobles et des commerçants se destinant à être prêtres, généraux, juges ou fonctionnaires. On y apprend, avec beaucoup de sévérité, l'art militaire, la rhétorique, la pensée, la mémoire, l'astrologie, l'interprétation des songes et des préages, les prières, les chants et récits historiques, le déchiffrement des glyphes et pictogrammes".

Selon les coutumes locales de l'époque, la sage-femme déclarait lors de la naissance d'un enfant mâle : "Ta demeure n'est pas ici, car tu es un aigle ou un jaguar. Ici n'est pour toi qu'un nid, la guerre est ta mission. Tu devras fournir au soleil de quoi boire, manger et se sustenter. Peut-être mériteras-tu de recevoir la mort du couteau d'obsidienne(1)."

(1) obsidienne : roche magmatique vitreuse et noire, à cassure conchoïdale, lissse et brillante. Cette pierre montée en bijou. (Le Petit Robert)

En effet, les couteaux utilisés pour ouvrir la poitrine des sacrifiés pour en extraire le coeur à offrir aux dieux étaient des couteaux d'obsidienne.

Le jour de naissance détermine la destinée de l'enfant. Cuauhtlatoatzin naît le dix Aigle, on lui prédit une belle destinée. Son nom prophétique signifie "un aigle qui parle" ou "qui parle comme un aigle". Certaines sources disent que Cuauhtlatoatzin serait pauvre.

Toujours selon Jean Mathiot, quelques rares sources disent que Cuauhtlatoac (tzin serait signe de noblesse) serait le troisième fils du roi Nezahualpilli de Texcoco et de la princesse Azcaxochitl. Il perdit son père jeune et son oncle paternel, seigneur de Tolpetlac, lui donne une éducation princière. Il devient plus tard chevalier-aigle et prêtre de la déesse Tonantzin et de Quetzalcoatl. Ceci-dit, il semblerait plutôt que Cuauhtlatoatzin soit resté de modeste condition. En effet, soumis comme tous les hommes au service militaire, il participa probablement à au moins une campagne guerrière. Ceux qui se montrent valeureux au combat peuvent espérer des postes valorisants dans l'armée, l'administration ou des privilèges comme entretenir des concubines, manger de la chair humaine ou hériter des terres et être exempt de payer le tribu. Or Cuauhtlatoatzin n'aura pas ce sort-là et restera de basse condition. Est-ce par choix ?
source : "L'indien Juan Diego et Notre Dame de Guadalupe" Jean Mathiot Ed. Tequi

Mais le futur Juan Diego connaîtra aussi toutes les belles choses que les artisanats de son pays savent produire. Il verra les bijoux d'or et d'argent, de pierres précieuses et de cristal, les magnifiques mosaïques de plumes provenant des volières de la capitale. Les Aztèques sont réputés pour aimer la nature, les chants, les plumes d'oiseaux, la poésie, les fleurs. Ils aiment la propreté et se baignent souvent dans les rivières et les lacs. Il verra les magnifiques tissus de coton de toutes les couleurs, les fabriquants d'instruments de musiquen ou de papier. Il verra sans doute de loin le faste de la vie des castes plus nobles que la sienne. Son coeur restera humble.

Il se mariera comme tous les jeunes hommes de sa condition selon les us et coutumes : les parents consultent les devins pour choisir une jeune fille à leur fils. Les deux familles sont consultées. Et le jour des noces, les parents de la jeune fille offrent le repas, puis l'on se réunit dans le village de l'époux pour festoyer. Les femmes portent la jeune mariée jusque dans la maison de l'époux et elles nouent le manteau du jeune homme au huipil (vêtement féminin) de la jeune fille pour sceller le mariage. Puis les époux s'enferment quatre jours dans la chambre en prière avant de consommer l'union. Alors ils sont lavés et bénis par le prêtre.
Ainsi Cuauhtlatoatzin se marie avec Malintzin ("bonne fileuse") qui vient de Tulpetlac où habite l'oncle de Cuauhtlatoatzin (sans doute le futur Juan Bernardino).

Jean Mathiot se plaît à décrire aussi l'habitation du futur saint : probablement une maison de deux pièces à Cuauhtitlan dans les murs desquelles se trouvent des niches consacrées aux dieux. Cuauhtlatoatzin semblait être pieux. Il cultive un petit champ pour le maïs, les tomates, les fèves et le cactus maguey (ou agave) pour ses fibres. En effet, on utilise ses fibres pour la confection des habits courants, notamment une sorte de manteau ou couverture que l'on noue autour du cou. C'est la tilma, ou ayate.

Le 13 août 1521, tout bascule. Cuauhtlatoatzin assiste, inquiet, terrifié même, à l'anéantissement de son pays. En cette date fatidique, à jamais gravée dans les mémoires comme une épouvante et une boucherie, la belle Tenochtitlan tombe, son tout dernier roi Cuauhtemoc capitule. Des cadavres gisent partout. Les momunents sont rasés. Les Espagnols de Cortès fortement aidés par de nombreux Indiens ennemis héréditaires des Aztèques pillent, tuent, torturent, massacrent. Quetzalcoatl semble être revenu avec un drôle de vrai Dieu, finalement aussi sanguinaire que Huitzilopochtli.

Cuauhtlatoatzin a 47 ans. Dans quel état psychologique peut-il bien être ? Et sa belle Malintzin ? Il a connu le deuil de son père, de dures campagnes militaires aux confins de l'Empire, l'effroi (peut-être vécu comme un honneur) d'une soeur sacrifiée, la boucherie de 1487, il subit le joug d'une véritable dictature et d'une société où la liberté n'évoque pas grand chose tant la vie de chacun est codifiée et prédéterminée par les devins et les dieux autoritaires. Depuis une dizaine d'années, il observe avec tous ses contemporains les prodromes des cataclysmes à venir. L'angoisse monte. Enfin en quelques mois, toute cette organisation séculaire s'effondre, pire le dieux meurent autant que les hommes. Et des êtres étranges et étrangers, blancs, barbus, chevauchant des monstres quadrupèdes (les Aztèques ne connaissaient pas l'usage d'animaux pour le transport, à fortiori pas les chevaux), avec une puissance de feux totalement inconnue des autoctones instaurent un nouveau régime, une nouvelle religion, un nouveau monde.

Observant tous ces événements, le couple s'aperçoit que parmi les conquérants, certains se comportent exactement comme les Aztèques du temps de leur gloire devant une ville à soumettre à l'Empire : ils pillent, rasent, tuent et capturent les prisonniers. Mais étrangement, ils entendent parler d'autres Espagnols, à l'aspect plutôt émacié, pauvrement habillés et au regard doux et bienveillant... Qui sont-ils ? Que disent-ils ? Que représentent-ils ?

Cortès était un conquérant, avec tout ce que cela comporte. Cela a beau irriter nombre d'historiens, Cortès était aussi décidé à instaurer la religion du vrai Dieu et ce mélange entre l'évangélisation et l'usage de la force dérange. Une analyse délicate serait intéressante de cet état de fait : en effet comment peut-on être violent quand on se réclame de l'Evangile ? Peut-on convertir de force ? De même comment concilier le raffinement de la société Aztèque et les sacrifices humains ? En somme quelle réponse apportons-nous à nos contradictions ? Nous tenterons une réflexion plus loin.

Revenons à Cortès qui supplie Charles Quint :
"Toutes les fois que j'écris à Votre Majesté, je lui rends compte de l'état des Indiens que nous cherchons à gagner à la foi catholique, et j'ai supplié Votre Majesté Impériale de nous envoyer à cet effet des religieux de bonnes moeurs et de bon exemple ; il en est venu peu jusqu'à présent, ou presque pas... Votre Majesté nous enverrait un grand nombre de personnes religieuses et zélées pour la conversion des infidèles ; on leur construirait des maisons et des monastères dans les provinces que nous indiquerions... parce que des évêques et autres prélats continueraient pour nos péchés leur manière de vivre en dissipant les biens de l'église en pompes vaines, en satisfaction de leurs vices et en laissant des majorats à leurs enfants et à leurs parents. Il y aurait un mal plus grand encore : les Indiens avaient, en leur temps,  des personnes religieuses chargées de leurs rites et cérémonies, et ces religieux étaient si recueillis, si honnêtes, si chastes que la moindre faiblesse chez eux était punie de mort. Si donc ces Indiens voyaient les choses de l'église et le service de Dieu au pouvoir des chanoines et autres dignitaires, et qu'ils vissent ces ministres de Dieu se livrer à tous les vices et à toutes les profanations dans lesquelles ils se vautrent aujourd'hui dans vos royaumes, ce serait rabaisser notre foi, en faire un objet de moquerie, et le dommage serait si grand que toute prédication deviendrait inutile."(1)

(1)Lettre quatrième de Cortès à Charles Quint dans Hernan Cortès, La conquête du Mexique, traduction de Désiré Charnay, 1896, La découverte/Poche, 1996 p.343-344. Cité par Père François Brune dans "La Vierge du Mexique" Ed. Le Jardin des Livres

Le Père François Brune ajoute judicieusement que Cortès n'est pas dupe sur le clergé de son temps, ni n'utilise la langue de bois en s'adressant à son Empereur... 

Toujours est-il que peu à peu des religieux vont venir. On parle toujours de conversions fulgurantes, en grand nombre, que l'on a vite fait de qualifier de conversions forcées. Il est possible qu'il y ait eu des conversions "intéressées". S'il y a eu des conversions par milliers, elles ne pouvaient être le fruit de la haine violente, mais souvent de l'exemple de saints religieux que Charles Quint a fini par envoyer à la demande de Cortès. Ceux-ci organisèrent des discussions avec les dignitaires et prêtres païens. Nous en avons trace dans les "Colloques de 1524". N'imaginons cependant pas que l'évangélisation fût aisée. Toutesles  classes sociales ne se convertissent pas avec la même aisance selon les privilèges qu'elles avaient. De plus, changer de moeurs peut encore être concevable en vertu de la loi naturelle déposée en chaque coeur humain. Mais abandonner des dieux pour un autre Dieu est déjà psychologiquement plus compliqué de par la crainte de châtiments des dieux abandonnés, si d'aventure ils existaient quand même...

Ce qui va aider des foules d'Indiens à franchir ce pas sera essentiellement l'exemple donné par les franciscains, premiers missionnaires. Cuauhtlatoatzin et Malintzin ainsi que la princesse Papatzin (la soeur de Moctezuma qui a eu le songe prémonitoire) seront de ceux qui se laisseront toucher par la cohérence de vie des premiers pères avec leurs enseignements. Quand on vit ce que l'on prêche, l'on est plus convainquant.

Ainsi, à 51 ans Cuauhtlatoatzin renonce à l'idolâtrie et reçoit le baptême avec sa femme. Nous sommes en 1525, désormais, ils s'appellent Juan Diego et Maria Lucia. C'est frère Motolinia qui les baptise. Arrivé avec les premiers groupes de franciscains en Nouvelle Espagne, ils étaient remarqués pour leur pauvreté. Et les Indiens les appelaient "motolinia ! motolinia !" L'un des frères demanda la signification du mot et s'entendit répondre "pauvre !" La joie parfaite donc pour ce frère désormais rebaptisé frère Motolinia...

En 1528, Mgr Juan de Zumarraga (60 ans) nommé "protecteur des Indiens" par Charles Quint arrive d'Espagne. La société civile espagnole expatriée est en effet partagée entre les soudards, avides de conquêtes, de pouvoir et de richesses et les autres qui ne font nullement scandale. L'Empereur interdira l'esclavage en 1530 et avec Cortès cherchera à protéger les Indiens de leurs propres compatriotes. Zumarraga arrive donc et devient le premier évêque de Mexico. Après la révolution-désastre, survient une révolution positive, celle des coeurs que l'on doit aux religieux franciscains rejoints par des Augustiniens et des Dominicains.

Tlatelolco devient un lieu de "formation" et de catéchèse. Bien que la route soit longue, Juan-Diego et Maria Lucia s'y rendent toutes les semaines à pied pour entendre les enseignements des pères et assister à la messe.

En 1529, un nouveau malheur s'abat sur la belle âme de Juan-Diego : il perd son épouse d'une grave maladie. Il ramène son corps à Tulpetlac où demeure son oncle Juan Bernardino, lui aussi converti, et s'installe chez lui, à Tulpetlac, sur l'actuelle Ecatepec au nord de Mexico.

Faut-il toujours souffrir autant pour pouvoir voir la Sainte Vierge ?

La suite de l'histoire est relatée dans le Nican Mopohua.

 

Partager cette page

Repost 0
Anne-Marie MICHEL